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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 15:12

« La liberté d’aimer n’est pas moins sacrée que la liberté de penser » Victor Hugo. 

Réflexions d’une hétérosexuelle à propos de la fronde conservatrice qui refuse l’égalité des droits aux homosexuels. Avec Galabru, je déclame : « Je suis pour le mariage homosexuel, je ne vois pas pourquoi on devrait épargner quelqu’un parce qu’il est homo… »

A la manifestation du 13 janvier contre le mariage des homosexuels et contre l’homoparentalité, nous avons entendu des discours et paroles haineux, intolérants, mensongers. Parmi les manifestants, il y avait beaucoup d’héritiers de la France droitière et extrême-droitière bien incrustée dans notre pays depuis le XIXème siècle : cette France qui a écrasé dans le sang la Commune de 1871 et ses idéaux démocratiques (voir l'article sur le blog), la France anti-dreyfusarde, celle qui s’est élevée contre le droit de vote des femmes, contre la séparation de l’Eglise et de l’Etat , contre le Front Populaire (alors que celui-ci a fait voter des lois progressistes que plus personne ne récuse maintenant). Défilait aussi cette France qui était, il y a quelques décennies à peine, contre le divorce, contre le travail des mères, contre la contraception, contre l’avortement, contre les radios libres, en un mot contre toute émancipation et modernisation de la société.

Il y a en particulier quatre choses qui me choquent : l’une est le culot de l’Eglise et de ses représentants, dont les ignobles pratiques de pédophilie durant des siècles sont en train, enfin, d’éclater partout où elle a sévi et qui a l’hypocrisie de s’ériger en modèle de vertu et de morale, allant jusqu’à reporter la suspicion de perversion sexuelle sur les homos. Faut-il rappeler que homosexualité veut dire aimer une personne du même sexe et que pédophile désigne un adulte qui viole un enfant (les procès montrent que les pédophiles sont en très grande majorité des hommes hétérosexuels, mariés, ayant eux-mêmes des enfants).

Le deuxième propos qui m’irrite, c’est l’oubli des orphelins et des enfants abandonnés. Qui les élève ? Il y a forcément des substituts de la fonction maternelle et de la fonction paternelle, qui ne se réduisent pas à la biologie ! Ces enfants sont élevés soit par un seul parent, soit par une autre personne de la famille ou de l’entourage, soit en institution ou à l’orphelinat, soit par des adoptants. Les orphelins deviennent-ils forcément débiles ou délinquants? Non! On sait pertinemment que le mal-être est lié au manque d’affectivité, d’amour, de reconnaissance, de soutien qui sont les principaux garants  du bon développement et de l’épanouissement de l’enfant. Toutes choses qu’un couple homosexuel peut aussi bien apporter qu’un couple hétérosexuel. Et que dire des enfants battus ? Il ne faut pas confondre géniteur (celui/celle qui donne la vie) avec celui/celle qui élève l’enfant. Le « vrai » père, la « vraie » mère est celui/celle qui élève l’enfant, le nourrit, l’aime, l’éduque, l’accompagne tout au long de son apprentissage de la vie. Dans les sociétés dites « primitives » matriarcales, c’était l’oncle utérin qui tenait le rôle du père. Quelque soit le système de parenté, il est fondamental pour le bien-être de l’enfant qu’il connaisse la vérité sur sa filiation et la structure de sa famille. A ce sujet, je recommande un texte très intéressant, écrit par un psychiatre il y a une dizaine d’années, et qui pourrait être une base de réflexions sur l’homoparentalité. Il s’intitule : « Les fonctions parentales sont asexuées », accessible en ouvrant ce lien :

http://jo-hel.over-blog.com/page-8515886.html

 

La troisième27 janvier 2013 chose qui m’énerve est de voir dans ces manifestations conservatrices et ultra-traditionnalistes tous ces jeunes qui n’ont pas conscience que les droits dont ils jouissent aujourd’hui ont été acquis grâce à celles et ceux qui réclament justement l’égalité pour tous, qui se battent contre toutes les discriminations et qui veulent que les lois de notre pays soient en conformité avec l’évolution de la société. On ne va pas contre l’histoire, surtout lorsqu’elle apporte plus d’égalité, de respect et de liberté.

Enfin, ma quatrième est une question : Les « bleu, blanc, rose » veulent-ils remplacer la bande rouge du drapeau français par du rose ?!!!

Josée Couvelaere

 

G Pride 29 juin 13

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 19:37

J’entends des appels et des cris dès mon entrée dans le couloir, un frisson m’étreint le cœur : bienvenue à l’hospice !

Dans les établissements d’hébergement pour vieux, on touche au cœur de l’humanité, à l’essence de l’homme, à sa grande détresse, à son ultime fragilité, à la souffrance, à la mort. Le vieillard handicapé est totalement dépendant du bon vouloir de l’autre, il ne peut pas se changer, ni se laver. Il ne peut pas non plus se nourrir, il bave et s’étrangle. Alors que certains, en état de confusion, appellent leur mère, d’autres sont conscients de leur dépendance, de la perte de leur intimité et de leur dignité. Ils n’ont plus de repères ni d’identité sociale. Ils pleurent, dépriment ou hurlent leur colère et leur désespoir. Les services gériatriques, qu’ils soient des « unités de soins de long séjour » ou des EHPAD, sont, pour la plupart, des mouroirs.

A l’ère du jeunisme et de la chirurgie esthétique il ne fait pas bon être vieux. La majorité des vieillard-e-s sont seuls, abandonnés ou presque, par leur famille. Certains ont de la visite pendant les « congés » ou, au mieux, le dimanche. Comment vivent ces vieillard-e-s pendant la semaine, quelle est leur vie de tous les jours? Peu de gens veulent le savoir. Il est plus confortable et rassurant d'ignorer si, faute de soins et de présence, on laisse un proche dans ses excréments, si on lui donne suffisamment à manger, si on le laisse crier dans son lit. Les personnes âgées dépendantes sont souvent infantilisées et traitées comme des numéros : le numéro de leur chambre ou de leur lit. On parle des vieux, devant eux, comme s’ils n’entendaient pas ou n’existaient déjà plus. On les manipule comme des paquets. Parfois un cri de douleur rappelle qu’ils sont encore vivants. On les « mal-traite » parce qu’ils sont lourds et laids, parce qu’ils énervent par leurs plaintes, parce qu’ils ne peuvent pas se défendre, parce que la vieillesse et la maladie font peur. Primo Lévi, dans un livre terrible demandait « Si c’est un homme » ? (Se questo è un uomo). Certes, les vieux ne sont pas exterminés, mais la question de la cruauté humaine reste posée. Car l’indifférence (réelle ou affichée) à la souffrance et au dénuement, a des effets et des conséquences proches de la barbarie.

On reconnait un-e vieillard-e en souffrance à la façon qu’il-elle a de se recroqueviller lorsque l’on avance la main pour le toucher. Il essaye non pas de parer aux coups (quoique..) mais de se protéger de la maladresse de la personne qui est pourtant censée l’aider mais qui le manipule sans égard, de façon mécanique et qui, probablement sans le vouloir, lui fait mal. Il y a un manque de formation qui entraîne une incompréhension de la relation au malade et à la déshumanisation. Si les médecins, les infirmières et les familles étaient plus présents, les soins seraient valorisés et mieux accomplis.

Les tâches en gériatrie sont difficiles, peu ragoutantes : faire la toilette et changer les couches des personnes âgées est pénible. Ce travail de "nursing", peu considéré et mal payé est assuré uniquement par les aides-soignant-e-s, un personnel à plus de 90% féminin, et à plus de 80% d’origine antillaise ou issu de l’immigration africaine. La plupart d’entre elles réduisent leur service à ces tâches ingrates mais obligatoires, accomplies souvent de façon sommaire par manque de temps, excluant toute relation "humaniste" avec leurs patients. Or le défaut de socialisation et d’humanité génère de la maltraitance. Le fait que les aides-soignantes fassent partie des populations les plus pauvres de notre société, vivant dans des conditions difficiles, souvent loin de leur lieu de travail, peut expliquer le manque d'investissement. Elles exercent cet emploi, faute de mieux. Les jeunes soignants, par exemple, ne s’attardent pas en gériatrie, juste le temps d’obtenir un poste dans un service plus valorisant. De plus, la hiérarchie institutionnelle fabrique de la ségrégation. Les médecins et infirmières sont peu visibles, ils s’occupent essentiellement du soin médical et de la distribution des médicaments, répondant aux plaintes et cris par la camisole chimique.

Aux manques de personnel et de formation, il faut ajouter la représentation méprisante et gênante de la personne âgée et de ses corollaires: l’incontinence, la confusion, la démence, la décrépitude, la mort. Les vieux sont de plus en plus exclus de la société et considérés guère mieux que des rebuts ou des morts en sursis. Les plus privilégiés, celles et ceux qui peuvent encore marcher ou être poussés dans leur fauteuil peuvent participer à des animations (chansons, musique, cinéma, jeux de société). Malheureusement il y a peu d’animateurs et leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. C’est dommage car ils créent de la convivialité et apportent un peu de gaité et de chaleur.

Quant aux familles, beaucoup se débarrassent de leur proche avec bonne ou mauvaise conscience, en totale conformité avec notre société individualiste. Il est rare d’entendre le rire d’enfants à l’hospice car peu de parents les amènent visiter leur grand père ou leur grand’mère. On ne peut que déplorer la rupture des liens et le manque de solidarité entre les générations. Il y a toute une expérience, un savoir, une histoire des « anciens » qui ne sont plus transmis et perdus à jamais. D’autant que l’absence de relations affectives et sociales accélère la démence. Qui se soucie de la grande détresse des vieux qui se meurent dans une poignante solitude ?

Je ne voudrais pas terminer ce tableau très noir sans rendre hommage aux personnes que j’ai rencontrées, qu’elles soient cadre de santé, médecin, kiné, infirmière, aide-soignante ou animateur, qui tentent, malgré tout, de faire du bon travail dans un environnement plus que sinistre et sinistré. Pourvu qu’elles ne se découragent pas, nous deviendrons tous vieux !

Josée H Couvelaere

Dolores Ibarruri 1978

Notes :

- La maltraitance dans les hôpitaux est dénoncée depuis des années par les syndicats des personnels soignants qui l’attribuent au manque de personnel et à la casse programmée des services de santé. Il manquerait des centaines d’infirmièr-e-s sur l’ensemble des hôpitaux. Les causes sont multiples : le nombre limité de places au concours, les salaires trop bas, la surcharge de travail, les gardes la nuit et le week-end. Les services gériatriques et psychiatriques sont les plus mal lotis, alors que ce sont eux qui auraient le plus besoin de personnels qualifiés. La plupart des aides-soignants en gériatrie n’ont pas de formation appropriée et sont très mal rémunérés.

- Les unités de soins de long séjour en hôpital public sont pourvus, en principe, de services compétents contre la douleur et en particulier en soins de prévention contre les escarres (ce qui est très important pour les personnes paralysées, alitées ou en fauteuil). Certains hôpitaux disposent d'une équipe de personnels para-médicaux (kinés, ergothérapeutes, orthophonistes, psychologues) qui peuvent apporter du soutien, encore faut-il que l’entourage du malade intervienne auprès du médecin pour obtenir des prescriptions et vérifie leur réalisation, ce qui n'est pas toujours facile. Là aussi la présence et la vigilance de la famille sont primordiales pour que la personne âgée dépendante puisse bénéficier de ces soins.

Les établissements pour personnes âgées dépendantes coûtent cher à Paris: de 2700 à 3000 euros par mois dans le public (en unités de soins de long séjour), de 3800 à 6000 euros par mois dans le privé. Le prix comprend l’hébergement* (chambre et nourriture) et le forfait dépendance (en fonction du type de handicap). Pour l’hébergement, des aides sociales peuvent être obtenues pour les personnes ayant des revenus modestes mais certaines de ces aides doivent être remboursées par la famille (conjoint, enfants, autres) après le décès de la personne, et cela peut vite monter à des dizaines de milliers d’euros. Les patients bénéficient d’une aide pour payer le forfait dépendance en fonction de leurs revenus (APA).

*Le prix de l'hébergement à la journée, en 2012, est 72,27 euros pour une chambre à deux lits et 77,21 euros pour une chambre à un lit dans le service public (APHP). Ce prix varie en moyenne, de 110 à 160 euros, par jour, dans le privé (à Paris). Il faut ajouter à cela le coût du forfait dépendance et, dans le privé, le coût du nettoyage du linge.

Ajout du 29 mai 2013: je viens de voir un documentaire relatant "l'exportation" de vieux en Europe de l'Est et en Asie! Cela se passe en Allemagne mais semble gagner d'autres pays européens: sous prétexte que c'est moins cher, des familles n'hésitent pas à exporter (déporter?) leurs parents ou grand'parents à plusieurs centaines, voire à des milliers de km, dans un pays étranger dont ils ne parlent pas la langue! Imaginez un peu le traitement et le ressenti de personnes âgées dépendantes, loin de leurs familles, sans visites, quasiment abandonnées, ne parlant et ne comprenant pas la langue des gens qui les hébergent et qui sont au plus près de leur intimité. Quels cynisme et inhumanité!

 

Doris Lessing

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 18:08

Je croise dans la rue et le métro des humains qui ressemblent à des robots, sombrement  vêtus, de noir ou de gris. Ils marchent la tête penchée sur leurs pieds, évitent mon regard ou me lorgnent par en dessous d’un air soupçonneux, sinon courroucé.

Sont-ils paranos au point de croire que si on les regarde c’est forcément d’un œil critique ? Sont-ils si nombrilistes ou blasés, qu’ils font semblant de ne pas sentir votre regard ?

Ou alors, ils ont peur ? « le métro mais aussi la rue,  vous savez, c’est dangereux, avec tout ce qui se passe, tout ce qu’ils montrent à la télé ». Pourtant, ces gens se doutent bien que beaucoup de reportages sont fabriqués, bidonnés, juste pour les effrayer. Car il ne leur est jamais rien arrivé, juste un peu de peur au cri d’un enfant, un sursaut au rire d’un ado ou à l’appel strident d’une amie. Non, c’est plutôt le silence qui est pesant, l’indifférence qui est inquiétante, chacun se comportant comme une petite souris rasant les murs. « Ben oui, les jeunes de banlieue sont souvent plus gais et polis que ceusses de Paris ou de Neuilly, mais il ne faut pas le dire ! ».

Ou alors, ou alors, ils sont tellement tristes qu’ils n’osent pas montrer leur visage ravagé par la fatigue, l’anxiété, la morosité, le cafard, la déprime. Leurs yeux éplorés, embués, fuient les vôtres.

La société de consommation, en gavant les uns jusqu’à l’obésité, jusqu’à plus soif, « en leur  en foutant jusque-là », en satisfaisant leurs caprices immédiats, exclut les autres, les plus pauvres, et les jette sur le pavé. Cette société nous déshumanise, brise la convivialité et la fraternité. Le chacun pour soi tue l’humanité. Que nous est-il donc arrivé pour que des millions de gens vivent seuls, souvent dans la peur de l’autre, du voisin, du passant, du collègue, se barricadent dans leur maison, dans leur corps, dans leur cœur. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

C’est dommage que l’on ne se regarde plus, d’un bon gros regard au fond des yeux, pour voir justement ce qu’il y a au fond de ces yeux, ne serait-ce que leur couleur… J’adore détailler les variétés de tons des iris, allant du marron noisette au jaune d’or, du brun doré au vert émeraude, du gris clair au bleu pervenche, du turquoise au myosotis, du violet au chocolat, du brun velouté au noir ébène. Avec toutes les nuances et pigmentations qui se déclinent du centre jusqu’au bord de la prunelle. Il y a une infinité de couleurs qui changent et se métamorphosent avec l’intensité de la lumière. Les larmes et le rire les rendent plus claires et limpides.

Josée Couvelaere

(Re)-Découvrez "Les yeux d'Elsa" (en cliquant sur le lien ci-dessous pour lire l'intégralité du poème d'Aragon):

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer

S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

FERRAT CHANTE ARAGON - Extraits

 

 

 

 

 

 

 

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