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En France, comme dans tous les pays européens ayant hérité du Droit Romain, la législation des filiations se réfère à l'adage suivant : « La mère donne la vie. Le père donne son nom ».

Les anthropologues s'accordent habituellement sur le consensus qui fait attribuer à la mère le rôle d`accompagnement de l'enfant nouveau-né jusqu'à son autonomie biologique et sociale, puisque ce rôle est dans la continuité naturelle de la gestation chez tous les mammifères.

Il n'y a aucune nécessité à ce que ce soit une femme qui assure la fonction maternelle auprès d'un nouveau-né (très prématuré dans l'espèce humaine, comparativement aux autres mammifères, puisqu'il ne peut survivre seul par ses propres moyens). Certes, l'allaitement maternel est recommandé pour un développement harmonieux de l'enfant, mais l'allaitement artificiel aux biberons de lait maternisé répond à tous les besoins physiologiques du nourrisson, nous sommes donc ainsi parvenus à remplacer intégralement cette part éminemment biologique (l'allaitement) de la fonction maternelle, qui paraissait incontournable, le nourrisson peut désormais être élevé par un homme seul, qui jouera alors un rôle de substitut maternel.

Mais à cet enfant (infans: qui ne parle pas) à quoi peut lui servir d'avoir un père? En quoi le rôle paternel est-il utile ou indispensable? Certains, fascinés par les idéologies ultra naturalistes anti-culturelles, à la mode aux Etats-Unis, voudraient réduire ce rôle à celui de géniteur, comme si, dans l'espèce humaine, les questions de filiation pouvaient se ramener à celles posées par la gestion d'un cheptel! Dans l'espèce humaine le rôle biologique de géniteur, le rôle de donneur de sperme est tout à fait secondaire et anecdotique, facilement remplacé par une seringue dans l'insémination artificielle, voire bientôt remplacé par une simple stimulation de l'ovule, qui n'a même pas besoin des chromosomes du géniteur pour se transformer en un oeuf! Mais un oeuf humain, puis un embryon humain, suffisent–ils pour fabriquer un enfant humain, destiné à devenir un être parlant?

Les fonctions parentales ne sont pas réductibles à des questions de biologie. Les descendants d'un animal ont un géniteur, les enfants humains ont un père, car c’est la fonction paternelle qui permet le passage du naturel au culturel.

Une situation particulière aide à différencier la position de père de celle de géniteur: lorsqu’une épouse infidèle revient d’une escapade extra-conjugale avec un polichinelle dans le buffet. Même si la filiation de l’enfant adultérin défie toutes les lois de la génétique (couleur de peau noire pour des parents roux aux yeux bleus), le mari sera“réputé” père de l’enfant. S’il refuse cette filiation, il lui faudra engager une procédure juridique de désaveu de paternité, faute de quoi, l’enfant adultérin portera obligatoirement le patronyme du mari.

Dans certaines cultures, la dévalorisation sociale des femmes atteint un degré tel que les femmes\mères sont supposées être incapables d'assurer seules toute la fonction maternelle: en particulier la fonction d'autorité, c'est à dire, le rôle de gendarme auprès de l'enfant, il s'agit là d'une partie majeure de la fonction maternelle, essentielle, dans son rôle éducatif, pour l'adaptation sociale de l'enfant, dont le narcissisme mégalomaniaque nécessite d’être contenu dans des limites données par la mère. Dans ces cultures, une partie du rôle maternel [le rôle de gendarme] est attribuée au père qui devient donc, alors, une "super- mère", jouant ainsi un rôle de maintien de l'ordre qui n'a rien de paternel, mais qui reste un rôle fondamentalement maternel dans ses effets d'adaptation sociale par l'apprentissage de la tolérance et du respect de l'autre.

Le véritable rôle du père est un rôle symbolique: du simple fait de son existence, le père intervient comme un troisième pôle dans la dyade formée par le nourrisson et sa mère. Cette triangulation est indispensable à l'enfant pour accéder à l'ordre symbolique et donc au langage et à la Culture. En schématisant à l'extrême on peut dire que le triangle nourrisson-mère-père est la première ébauche de structure que l'enfant rencontre au cours de son développement. La simple existence du père est la preuve que la mère n'a pas engendré seule l'enfant dans un acte divin de toute puissance, ce qui ne laisserait à l'enfant aucun accès possible au monde symbolique, comme cela se produit dans les situations de psychoses infantiles, où le ratage de la fonction paternelle barre l'accès au langage pour l'enfant. Cette existence symbolique du père est l'une des clefs d'accès au langage pour l'enfant, car c'est bien l'impossibilité d'appréhender le langage qui laisse l'enfant dans cette situation de ratage de son humanisation que l'on qualifie de psychose infantile (psychose qui éventuellement peut se manifester par un autisme).

Lorsque le mécanisme de la fonction paternelle est bien mis en place et réussi, l'enfant se structure comme sujet parlant, et est plongé en permanence dans un bain linguistique. Il faut donc désormais considérer tout individu qui parle à l'enfant en tant que sujet comme participant à la fonction paternelle. Il n'est donc pas indispensable d'être de sexe masculin pour participer au rôle paternel, les institutrices, les éducatrices, et le plus souvent la mère biologique peuvent alors se situer totalement dans un rôle paternel efficace, si les repères de départ [rôle symbolique du père] ont bien été mis en place, chacune jouant alors un rôle de relais et de substitut paternel.

Dans la situation primitive naturelle, le père est la première personne du monde extérieur à faire intrusion dans l'univers clos, confortable et douillet, de la relation mère-enfant, c'est le premier contact de l'enfant avec un représentant du groupe social. Cette intrusion est dérangeante pour l'enfant qui comprend, dès lors, qu'il a perdu sa situation privilégiée de premier et unique centre d'intérêt de sa mère. C'est cette situation qui amène chez l'enfant, quelque soit son sexe, fille ou garçon, la première motivation du complexe d'Œdipe : le désir inconscient de tuer le père pour conserver pour soi tout seul l'amour de la mère, complexe signifiant ici que les deux phénomènes [amour de la mère et désir de tuer le père] sont totalement liés, et que l'un implique l'autre. L'inceste implique le parricide, la prohibition de l'inceste est la première prohibition du meurtre rencontrée par l'enfant, prohibition d'autant plus efficace que ses racines profondes restent généralement inconscientes. L’Oedipe se joue entre deux et six ans. C’est seulement dans un deuxième temps dans la pré-adolescence, que les lolitas cherchent à séduire le père pour élaborer leur identité sexuelle, et se placent en rivalité avec la mère.

Il est fréquent que le repérage des fonctions parentales soit brouillé par un phénomène surajouté qui est de nature totalement différente: le type d'organisation familiale et de mode d'héritage, dans la société considérée: deux modèles sont en concurrence, le matriarcat et le patriarcat. Ces modèles d'organisation sociaux-familiaux sont vraisemblablement apparus lorsque les hommes du néolithique sont passés du nomadisme à une économie agricole et sédentaire, et que s'est donc posée la question de l'héritage des terres cultivées entre la famille de la mère [matriarcat] et la famille du père [patriarcat]. Il ne s'agit donc nullement d'une répartition des rôles parentaux, mais d’une différence juridique sur le mode d'héritage. Selon le modèle choisi, la puissance parentale est attribuée à la mère ou au père.

On voit bien maintenant, que les fonctions parentales sont absolument dissymétriques et totalement étrangères à l'asymétrie sexuelle entre femmes et hommes qui est purement de nature biologique. Entre mère et père nous avons une asymétrie entre deux fonctions centrées sur l'enfant: une fonction naturelle [maternelle] qui n’est pas nécessairement tenue par la génitrice et une fonction culturelle [paternelle] qui n’est pas obligatoirement accomplie par le géniteur.

HOMOPARENTALITES

Un très léger reflux du puritanisme et corollairement une minime avancée de la tolérance envers l'homosexualité, ont permis à la fin du vingtième siècle de faire apparaître des questions masquées pendant des siècles (depuis la fin de l'âge d'or de "l'amour à la grec"...) questions masquées par l'ombre des murailles du puritanisme résultant des anathèmes religieux contre la sexualité "contre-nature"... mais aussi et surtout des anathèmes nationalistes contre une sexualité ne produisant pas de chair à canons!!

Questions: en quoi les homosexuel-le-s seraient-ils/elles inaptes à assurer des fonctions parentales adaptées à l'intérêt de l'enfant?

L'homosexualité est-elle une maladie contagieuse, qui mettrait la santé physique ou mentale de l’enfant en danger? On a entendu sur ce thème se développer des thèses délirantes sur “la mauvaise influence” et le “mauvais exemple”. Thèses qui traduisent une méconnaissance absolue du développement spontané de la sexualité humaine: tous les enfants qui sont devenus des adultes homosexuels ont été élevés par des parents hétérosexuels. Il n’y a pas de chromosome de l’homosexualité, contrairement à ce que postule un délire génétique, élaboré par les nazis!

La grande majorité des magistrats français n'est pas réputée pour son progressisme. Mais certains ont battu des records dans le conservatisme rétrograde! En effet, il est arrivé de façon non exceptionnelle, ces dernières années, que des couples "ordinaires" (hétérosexuels) avec enfants divorcent. Puis chacun des ex-conjoints "refait sa vie", c'est souvent une bonne occasion de coming-out, de vivre enfin à découvert une homosexualité que l'on avait masquée sous la pression sociale. Dans ces situations, de nombreux magistrats ont refusé d'attribuer la garde des enfants, voire le droit de visite, à l'autre conjoint au motif de son homosexualité, comme si l'enfant risquait d'être contaminé!

Si l'on veut bien examiner les faits sérieusement, en fonction de tout ce qui a été dit précédemment, il n'y a aucune raison qu'un individu homosexuel soit incapable d'élever un enfant. Et donc aucune raison d'exclure à priori les couples homosexuels des procédures d'adoption.

ADOPTIONS

Depuis que Cro-Magnon est sorti de sa caverne, la horde humaine a traversé de nombreux cataclysmes, catastrophes naturelles, ou guerres d'extermination, qui fabriquaient leurs lots d'orphelins. Les orphelins ont survécu grâce aux substituts maternels qui se chargèrent d'eux. Pour la filiation paternelle? C'est le nom du clan qui leur était attribué comme patronyme. L'adoption est donc un phénomène très ancien, qui s'est pratiqué longtemps de façon empirique. Spontanément, les hommes ont cherché à se rapprocher le plus possible de la situation naturelle: une mère, un père, sans chercher à préciser ce qui est indispensable à un développement satisfaisant de l'enfant.

Depuis quelques décennies, avec la génération DOLTO-LACAN, il a été enfin possible de faire apparaître que la seule chose qui soit absolument indispensable à l'enfant c'est une rigoureuse vérité sur ses filiations maternelle et paternelle.

Quelle que soit la façon de procéder, l'adoption est une situation artificielle, où l'on donne à l'enfant des substituts parentaux. Situation pour laquelle il parait légitime de réclamer qu'elle sauvegarde au mieux les intérêts de l'enfant. La pratique d'un entretien psychiatrique préalable pour tous les adoptants avait le mérite de donner une occasion unique aux adoptants de verbaliser au moins une fois leur projet éducatif pour l'enfant. La simple "mise-en-mots" de ce projet éducatif pour l'enfant suffisait souvent à faire prendre conscience à certains candidats-adoptants du caractère délirant de leur projet. Cet entretien a été supprimé un peu trop rapidement et pour de mauvaises raisons. « Les psychiatres n'ont pas à se mêler de choses aussi "naturelles" et "simples" que le travail de parent! » Tu parles! Bien sûr que si, puisqu’ils sont les seuls à se préoccuper de la prévention des troubles mentaux.

Les premiers "enfants-cobayes", élevés dans la communauté homosexuelle de San Francisco, semblent bien confirmer les résultats que l'on pouvait attendre, ou craindre. Le substitut maternel est interchangeable à l'infini, et chaque enfant s'y retrouve très bien dès lors que l'on ne lui raconte pas de bobars. Le seul problème délicat est celui de la filiation paternelle. Quel patronyme donner à un enfant né de l'insémination artificielle (anonyme) d'une homosexuelle vivant en couple lesbien? Mieux vaut prévoir à l'avance une réponse aux inévitables questions de l'enfant: « Qui est mon père? D’où vient mon nom? ». Certaines militantes déclarent clairement leur volonté de supprimer toutes références à une filiation paternelle, puisqu'elles confondent toujours références paternelles et références mâles. Cette pratique devrait logiquement aboutir à des situations de psychoses expérimentales. Rendez-vous dans quelques décennies, pour un bilan de la casse de cette expérimentation culturelle in vivo!

Ce n'est certainement pas un hasard, si l'on retrouve dans toutes les langues européennes, ainsi qu'en russe et en arabe, la même injure: hiéro da puta, son of bitch, fils de pute. Ce qui fait référence non pas tant à une inconduite de la mère, mais plutôt à une incertitude sur la filiation paternelle. "Bastard" conserve toujours intact son pouvoir injurieux.

Les travaux de J. LACAN, approfondissant et affinant des hypothèses et des pistes de recherches suggérées par S.FREUD lui-même, ont montré qu’il y avait un lien constant entre l’élaboration d’une psychose chez un individu et une fragilité de sa filiation paternelle.

Dr Philippe LECLERCQ, ancien praticien hospitalier en psychiatrie. Texte écrit en 2003.

 

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