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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 18:29

- Réflexions à la veille de la manifestation des femmes du 8 mars -

Une armure de seins et de fesses assure le triomphe de la sexy poulette. Les seins, pointes dressées, sont moulés par le pull à fleur de peau. Les fesses sont galbées par le collant qui épouse leur rondeur provocante. La fente est écartelée par la couture du pantalon bien ajusté, d’une taille trop petite, mettant en valeur le mont de Vénus. Les jambes sont gainées de noir, rehaussées et affinées par de ravissantes bottines. La démarche est entravée par des talons trop hauts, une jupe trop courte, une veste trop cintrée. La taille dénudée dévoile le nombril et, occasionnellement, d’exquises fossettes. La mèche retombe sur l’œil cerné de Kohl. La bouche charnue, est empourprée, d’un rouge flamboyant.

La jeune fille se veut indépendante, mais reste prisonnière d’une image de sex-symbol, troublée, contrainte par le désir de plaire. De plaire surtout à ses copines, à elle-même, plus sinon autant, qu’aux garçons.

Le sourire enjôleur, la sexy poulette se retourne en faisant virevolter ses cheveux et s’assure de son effet. Il arrive qu’une poulette soit contente quand les garçons murmurent “qu’elle est bonne”, même si elle ne comprend pas exactement ce que cette formule, vulgaire, veut dire, même si elle a conscience que c’est péjoratif et humiliant. Mais elle veut faire partie de celles qui “sont bonnes”, des “élues”, qui plaisent aux machos. N’exister qu’à travers le regard des sots, serait-ce là le rêve des poupoules ? Veulent-elles revenir à la sujétion (forcée) de leurs grand-mères ? Sont-elles en pleine régression ? Et les garçons dans tout cela ? Ils en prennent plein les mirettes, se rincent l’œil, s’excitent, mais au moment de caresser le sein affriolant, la peur et le désir les affolent. Faut-il flatter ces fesses si mignonnes ou faut-il attendre que la poulette fasse un signe ? Que veut-elle ? Que le garçon la prenne violemment ? Ou qu’il se jette à ses pieds ?

J’aime bien la sexy poulette quand elle se rebelle, quand elle fait la nique au niqab, quand elle porte fièrement sa féminité et les valeurs féministes mais je n’aime pas la sexy poulette qui tombe dans le piège du machisme. Cette poupoule-là, que fait-elle de la révolte de ses ainées ? Que lui reste-t-il du combat des femmes pour la dignité et la liberté ? Ce combat qui lui permet aujourd’hui de jouir de la totale égalité des droits juridiques, de contrôler sa fécondité, de sortir et travailler sans avoir à demander la permission de papa, du chéri, du patron ? Sait-elle que la « liberté n’est jamais acquise » et que la lutte des femmes est loin d’avoir totalement abouti, qu’il reste encore des droits à conquérir : l’égalité professionnelle et des salaires, la parité dans les instances du pouvoir politique et au sein des entreprises, la lutte contre les violences et les stéréotypes sexistes, pour ne citer que ceux-là (1).

Rappelons que les femmes ont été écartées de la citoyenneté pendant des siècles (et continuent de l’être dans certains pays). Que la société patriarcale les a bâillonnées, séquestrées, empêchées d’aller à l’école, maintenues en infériorité, infantilisées, occultant avec cynisme leur intelligence, dévalorisant leur émotivité et leur humanité. Le droit de vote des françaises ne date que de 1944…Quant au plaisir sexuel des femmes, il est encore bien souvent nié (il n’y aurait que les “salopes” qui jouissent…) : on le souille par la prostitution, le diabolise par la religion, le refoule dans la « morale » bourgeoise, le bafoue dans les écrits philosophiques et religieux. La peur du sexe de la femme a conduit non seulement à la maintenir en quasi esclavage dans un grand nombre de pays mais aussi à l’une des pires barbaries : l’excision du clitoris. Car ce qui est insupportable dans les sociétés qui la pratiquent (les femmes tenant parfois elles mêmes la lame du bourreau) est que cet organe est unique : ce “petit bout de bonheur” (2) ne sert pas à la reproduction mais uniquement à donner du plaisir sexuel et accéder à l’orgasme. L’excision est une mutilation générant une souffrance indicible, une amputation irréversible. Imagine-t-on un seul instant que, pour les hommes, cela équivaudrait à couper une partie du pénis ?

La bêtise, le racisme, la cruauté tout comme la dignité, la fraternité et la bonté sont universels. Il y a des “bons” et des “méchants” sous toutes les latitudes, quelles que soient la couleur de la peau, la race ou la religion. Mais le sexe, n’est-il pas l’ultime différence ? Même si « On ne naît pas femme, on le devient » (3), l’appréhension/ la préhension de la vie, l’action, le pour-soi, le développement de la personnalité sont-ils influencés par le sexe ? Les femmes pourraient-elles instituer une société plus juste, plus égalitaire, sans devenir des hommes comme les autres ? Le plus faible niveau de testostérone dans leurs hormones pourrait-il aider à l’élaboration d’une société plus tolérante, plus ouverte, où l’on ne rechercherait pas que le profit, la domination et le pouvoir ? Bien sûr, il y a des femmes-alibi qui endossent très bien le costume "viril" ("le  pouvoir est au bout du phallus"...symbolique...) Prenons l'exemple de Margaret Thatcher: une femme au service du néo-libéralisme sauvage, une femme pour liquider les services publics, écraser les grévistes et laisser mourir de faim neuf prisonniers politiques...Mieux qu'un mec! Ce serait trop simple s'il n'y avait pas le poids sur chacun-e de nous d'une idéologie qui aliène aussi bien les femmes que les hommes. Mais on résiste et on s'organise pour s'en émanciper!

Nous, les féministes, avons lutté pour l’égalité des droits juridiques, l’égalité dans l’éducation, les jeux des enfants, le travail, etc. De grands progrès ont été faits dans nos pays “démocratiques”, il y a même souvent plus de filles dans les universités que de garçons. Elles réussissent dans toutes les disciplines, y compris dans celles qui sont traditionnellement réservées aux mecs. Pourtant des obstacles subsistent. Les hommes s’accrochent à leurs privilèges, le fameux plafond de verre dans les entreprises par exemple, mais il n’y a pas que cela. L’envie irrépressible de séduction peut conduire la sexy poulette à flirter avec la servilité et la bêtise. Quand elle minaude, pouffe et glousse à l’envi, ou se vautre avec complaisance dans la dévalorisation : “je ne suis qu’une fille” comme dit la chanson… C’est pourtant si chouette d’être une femme ! Et de prendre du plaisir et de la fierté à le vivre dans son corps et dans sa tête ! Allons ma sexy poulette, bats-toi pour imposer l’application des droits conquis par tes aînées et pour préserver ta liberté ! J’imagine un bataillon de sexy poulettes à la manif du 8 mars, chantant à tue-tête l’Hymne des Femmes :

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n'avons pas d'histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir

Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous
Ensemble on nous opprime, les femmes
Ensemble révoltons-nous

Le temps de la colère, les femmes
Notre temps est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers!

Pour avoir toutes les paroles de la chanson, ouvrez ce lien :  http://jo-hel.over-blog.com/page-6686718.html  

 

(1) En France, le salaire des femmes est inférieur de 25% à celui des hommes, en moyenne (chiffres INSEE de 2012). Elles ne représentent que 21.9% des sénateurs, 18,5% des députés, 13.8% des maires et 5% des présidents des conseils généraux. Elles constituent 85% des travailleurs précaires et restent cantonnées dans certains emplois (ex : elles forment 99% des assistants maternels et 98% des secrétaires…et ne sont que 2% parmi les PDG des grandes entreprises). Elles assument encore plus de 75% des tâches ménagères et demeurent les principales victimes de harcèlement et de violences (on évalue à 75 000 les femmes violées chaque année, en France). L’accès aux moyens de contraception et à l’IVG reste fragile, pour en savoir plus sur l’IVG, cliquez sur ce lien :   IVG - LA BATAILLE DE L'AVORTEMENT

Sources : INSEE et Observatoire de la Parité (chiffres pour 2010 et 2011)

(2) Le clitoris est méconnu : c’est l’organe le plus sensible qu’on puisse trouver chez l’être humain avec près de 10 000 terminaisons nerveuses ou capteurs de plaisir au niveau du gland (en comparaison le gland du pénis n’en possède « que » 6 000). Le gland (long d’environ 1 cm) est la seule partie émergée du clitoris qui se prolonge, en profondeur, de deux racines longues de 10 cm qui entourent le vagin et l’urètre.  Le gland est également relié à deux bulbes vestibulaires, très érectiles, volumineux et longs. Pour en savoir plus, cliquez sur ce lien : http://www.osezleclito.fr/

3) Simone de Beauvoir.

Josée Hélène Couvelaere

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