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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 18:08

Je croise dans la rue et le métro des humains qui ressemblent à des robots, sombrement  vêtus, de noir ou de gris. Ils marchent la tête penchée sur leurs pieds, évitent mon regard ou me lorgnent par en dessous d’un air soupçonneux, sinon courroucé.

Sont-ils paranos au point de croire que si on les regarde c’est forcément d’un œil critique ? Sont-ils si nombrilistes ou blasés, qu’ils font semblant de ne pas sentir votre regard ?

Ou alors, ils ont peur ? « le métro mais aussi la rue,  vous savez, c’est dangereux, avec tout ce qui se passe, tout ce qu’ils montrent à la télé ». Pourtant, ces gens se doutent bien que beaucoup de reportages sont fabriqués, bidonnés, juste pour les effrayer. Car il ne leur est jamais rien arrivé, juste un peu de peur au cri d’un enfant, un sursaut au rire d’un ado ou à l’appel strident d’une amie. Non, c’est plutôt le silence qui est pesant, l’indifférence qui est inquiétante, chacun se comportant comme une petite souris rasant les murs. « Ben oui, les jeunes de banlieue sont souvent plus gais et polis que ceusses de Paris ou de Neuilly, mais il ne faut pas le dire ! ».

Ou alors, ou alors, ils sont tellement tristes qu’ils n’osent pas montrer leur visage ravagé par la fatigue, l’anxiété, la morosité, le cafard, la déprime. Leurs yeux éplorés, embués, fuient les vôtres.

La société de consommation, en gavant les uns jusqu’à l’obésité, jusqu’à plus soif, « en leur  en foutant jusque-là », en satisfaisant leurs caprices immédiats, exclut les autres, les plus pauvres, et les jette sur le pavé. Cette société nous déshumanise, brise la convivialité et la fraternité. Le chacun pour soi tue l’humanité. Que nous est-il donc arrivé pour que des millions de gens vivent seuls, souvent dans la peur de l’autre, du voisin, du passant, du collègue, se barricadent dans leur maison, dans leur corps, dans leur cœur. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

C’est dommage que l’on ne se regarde plus, d’un bon gros regard au fond des yeux, pour voir justement ce qu’il y a au fond de ces yeux, ne serait-ce que leur couleur… J’adore détailler les variétés de tons des iris, allant du marron noisette au jaune d’or, du brun doré au vert émeraude, du gris clair au bleu pervenche, du turquoise au myosotis, du violet au chocolat, du brun velouté au noir ébène. Avec toutes les nuances et pigmentations qui se déclinent du centre jusqu’au bord de la prunelle. Il y a une infinité de couleurs qui changent et se métamorphosent avec l’intensité de la lumière. Les larmes et le rire les rendent plus claires et limpides.

Josée Couvelaere

(Re)-Découvrez "Les yeux d'Elsa" (en cliquant sur le lien ci-dessous pour lire l'intégralité du poème d'Aragon):

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer

S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

FERRAT CHANTE ARAGON - Extraits

 

 

 

 

 

 

 

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