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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 14:36

Sophie Germain - Une mathématicienne dans la tourmente de la Révolution

 

Peu de rues à Paris portent le nom d'une femme, moins d’une centaine sur près de 5000 ! Le 14e arrondissement ne déroge pas à la règle, puisque je n'en ai dénombré que... six. Aucune avenue, juste deux rues, deux places, une impasse et un carrefour…qu’une femme partage d’ailleurs avec son mari (place Victor et Hélène Basch). Les autres sont Julia Bertet, une actrice de théâtre du XIXème siècle, Flora Tristan, très récente dans le quartier puisque la jolie place portant son nom a été baptisée en mars 2004, Joséphine Baker, dont la place est située près de la gare Montparnasse, pas trop loin de Bobino quand même! Et sainte Léonie, dans une impasse…Il y a bien une rue Marie-Rose, mais sans patronyme. Lénine y habita pendant une partie de son séjour à Paris de 1909 à 1912. J'ai aussi trouvé une impasse Louise et Tony, là encore deux anonymes! Quant aux stations de métro, aucune ne porte le nom d'une femme (1), non seulement dans le 14e mais dans tout Paris, à l'exception, dans le 10e, de l'abbesse Marguerite de Rochechouart de Mont pipeau, accolée par la CMP (ancêtre de la RATP) au révolutionnaire Barbès, pourtant né un siècle plus tard !

 

Mais qui est donc Sophie Germain pour avoir l'honneur d’une rue à son nom?

Il fallut bien des ruses et du courage à cette jeune fille, née en 1776, pour assouvir sa passion des maths, découvertes par hasard en furetant dans la bibliothèque de son père. Les écoles pour filles n'existaient pas et il était inconvenant et vulgaire qu'une femme s’instruise et empiète sur le domaine réservé aux hommes ! Sophie n'a que 13 ans lorsqu'elle commence à apprendre le calcul et la théorie des nombres en étudiant, seule et en cachette, les travaux d'Euler et de Newton. Elle vole des chandelles pour s'instruire la nuit pendant que ses parents dorment. Nous sommes en 1789, les émeutes grondent dans les rues et la Bastille est prise. La marche vers la liberté et la conquête des droits de l’homme vont aider la jeune autodidacte à s’émanciper. Son père, un riche marchand, est un député actif du tiers état de l’Assemblée Constituante. Impressionné par la ténacité de sa fille, il consent à la soutenir.

 

S GermainA 19 ans, Sophie parvient à se procurer les cours de l'Ecole polytechnique (fondée en 1794 mais interdite aux femmes), en empruntant le nom d'un ancien élève, Antoine-Auguste Le Blanc. C'est sous ce pseudonyme qu'elle correspond avec le professeur Joseph-Louis Lagrange et quelques uns des plus grands mathématiciens de son temps, comme Carl Gauss et Legendre. Ses brillants écrits, dont certains sont publiés, l'amènent sur la scène publique et l'obligent à dévoiler sa véritable identité. Par bonheur, la majorité des scientifiques qu'elle côtoie est progressiste et elle intègre le club très fermé des savants de l'époque. Elle doit également cette ouverture à son milieu social : on admettait que les femmes de milieu aisé puissent acquérir une formation scientifique si cela leur permettait de briller dans les salons mondains. Bien que souffrant du manque de base scolaire, Sophie fait une découverte fondamentale en mathématiques pures concernant la théorie des nombres, qui donne son nom à un théorème : “les nombres premiers de Sophie Germain” (2). Cette propriété mathématique est alors la plus importante avancée sur le problème posé par le théorème de Fermat depuis Euler (1738). A partir de 1810, Sophie se consacre à la recherche appliquée. En 1816, elle réussit le concours de l'Académie des Sciences, en apportant une contribution majeure à “la théorie mathématique des déformations élastiques”. Elle est la première femme à assister aux séances de cette vénérable institution où elle se lie d'amitié avec Joseph Fourier, dont elle partage les idées révolutionnaires et la lutte contre les préjugés sexistes et sociaux.

 

Sophie Germain continua ses recherches en mathématiques jusqu'à sa mort. Elle resta célibataire et n’obtint pas de rétribution financière ni de reconnaissance sociale pour ses découvertes. Les résultats complets de ses travaux mathématiques ainsi qu’un essai philosophique écrit vers 1826 furent publiés à titre posthume. Sur la recommandation de Gauss, l'Université de Göttingen lui décerna un titre honorifique en 1830, mais elle mourut d'un cancer avant de le recevoir, en 1831. Témoin du mépris que la société réservait aux femmes, son certificat de décès ne la mentionne pas comme mathématicienne mais comme rentière ! Il faudra attendre le XXe siècle pour que la contribution de Sophie Germain aux avancées en mathématiques soit officiellement reconnue.

 

(1) Louise Michel est la seule femme à avoir donné son nom à une station de métro (qui se trouve sur la commune de Levallois-Perret).

(2) Un nombre premier P est appelé un nombre premier de Sophie Germain si 2P + 1 est aussi un nombre premier.

 

Josée Couvelaere

(Publié dans le journal parisien du 14ème arrondissement "La Page" et dans "Chemins de Traverse").

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commentaires

what causes snoring 04/02/2014 09:21

Well, I can tell you that in my country too, only a few streets are named after the famous women of my country. It was an honor to learn more about Sophie Germain who was a mathematician in the turmoil of the Revolution and that a street is named after her.

(Clovis Simard,phD) 12/03/2011 15:27



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Clovis Simard