Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 18:29

- Réflexions à la veille de la manifestation des femmes du 8 mars -

Une armure de seins et de fesses assure le triomphe de la sexy poulette. Les seins, pointes dressées, sont moulés par le pull à fleur de peau. Les fesses sont galbées par le collant qui épouse leur rondeur provocante. La fente est écartelée par la couture du pantalon bien ajusté, d’une taille trop petite, mettant en valeur le mont de Vénus. Les jambes sont gainées de noir, rehaussées et affinées par de ravissantes bottines. La démarche est entravée par des talons trop hauts, une jupe trop courte, une veste trop cintrée. La taille dénudée dévoile le nombril et, occasionnellement, d’exquises fossettes. La mèche retombe sur l’œil cerné de Kohl. La bouche charnue, est empourprée, d’un rouge flamboyant.

La jeune fille se veut indépendante, mais reste prisonnière d’une image de sex-symbol, troublée, contrainte par le désir de plaire. De plaire surtout à ses copines, à elle-même, plus sinon autant, qu’aux garçons.

Le sourire enjôleur, la sexy poulette se retourne en faisant virevolter ses cheveux et s’assure de son effet. Il arrive qu’une poulette soit contente quand les garçons murmurent “qu’elle est bonne”, même si elle ne comprend pas exactement ce que cette formule, vulgaire, veut dire, même si elle a conscience que c’est péjoratif et humiliant. Mais elle veut faire partie de celles qui “sont bonnes”, des “élues”, qui plaisent aux machos. N’exister qu’à travers le regard des sots, serait-ce là le rêve des poupoules ? Veulent-elles revenir à la sujétion (forcée) de leurs grand-mères ? Sont-elles en pleine régression ? Et les garçons dans tout cela ? Ils en prennent plein les mirettes, se rincent l’œil, s’excitent, mais au moment de caresser le sein affriolant, la peur et le désir les affolent. Faut-il flatter ces fesses si mignonnes ou faut-il attendre que la poulette fasse un signe ? Que veut-elle ? Que le garçon la prenne violemment ? Ou qu’il se jette à ses pieds ?

J’aime bien la sexy poulette quand elle se rebelle, quand elle fait la nique au niqab, quand elle porte fièrement sa féminité et les valeurs féministes mais je n’aime pas la sexy poulette qui tombe dans le piège du machisme. Cette poupoule-là, que fait-elle de la révolte de ses ainées ? Que lui reste-t-il du combat des femmes pour la dignité et la liberté ? Ce combat qui lui permet aujourd’hui de jouir de la totale égalité des droits juridiques, de contrôler sa fécondité, de sortir et travailler sans avoir à demander la permission de papa, du chéri, du patron ? Sait-elle que la « liberté n’est jamais acquise » et que la lutte des femmes est loin d’avoir totalement abouti, qu’il reste encore des droits à conquérir : l’égalité professionnelle et des salaires, la parité dans les instances du pouvoir politique et au sein des entreprises, la lutte contre les violences et les stéréotypes sexistes, pour ne citer que ceux-là (1).

Rappelons que les femmes ont été écartées de la citoyenneté pendant des siècles (et continuent de l’être dans certains pays). Que la société patriarcale les a bâillonnées, séquestrées, empêchées d’aller à l’école, maintenues en infériorité, infantilisées, occultant avec cynisme leur intelligence, dévalorisant leur émotivité et leur humanité. Le droit de vote des françaises ne date que de 1944…Quant au plaisir sexuel des femmes, il est encore bien souvent nié (il n’y aurait que les “salopes” qui jouissent…) : on le souille par la prostitution, le diabolise par la religion, le refoule dans la « morale » bourgeoise, le bafoue dans les écrits philosophiques et religieux. La peur du sexe de la femme a conduit non seulement à la maintenir en quasi esclavage dans un grand nombre de pays mais aussi à l’une des pires barbaries : l’excision du clitoris. Car ce qui est insupportable dans les sociétés qui la pratiquent (les femmes tenant parfois elles mêmes la lame du bourreau) est que cet organe est unique : ce “petit bout de bonheur” (2) ne sert pas à la reproduction mais uniquement à donner du plaisir sexuel et accéder à l’orgasme. L’excision est une mutilation générant une souffrance indicible, une amputation irréversible. Imagine-t-on un seul instant que, pour les hommes, cela équivaudrait à couper une partie du pénis ?

La bêtise, le racisme, la cruauté tout comme la dignité, la fraternité et la bonté sont universels. Il y a des “bons” et des “méchants” sous toutes les latitudes, quelles que soient la couleur de la peau, la race ou la religion. Mais le sexe, n’est-il pas l’ultime différence ? Même si « On ne naît pas femme, on le devient » (3), l’appréhension/ la préhension de la vie, l’action, le pour-soi, le développement de la personnalité sont-ils influencés par le sexe ? Les femmes pourraient-elles instituer une société plus juste, plus égalitaire, sans devenir des hommes comme les autres ? Le plus faible niveau de testostérone dans leurs hormones pourrait-il aider à l’élaboration d’une société plus tolérante, plus ouverte, où l’on ne rechercherait pas que le profit, la domination et le pouvoir ?

Nous, les féministes, avons lutté pour l’égalité des droits juridiques, l’égalité dans l’éducation, les jeux des enfants, le travail, etc. De grands progrès ont été faits dans nos pays “démocratiques”, il y a même souvent plus de filles dans les universités que de garçons. Elles réussissent dans toutes les disciplines, y compris dans celles qui sont traditionnellement réservées aux mecs. Pourtant des obstacles subsistent. Les hommes s’accrochent à leurs privilèges, le fameux plafond de verre dans les entreprises par exemple, mais il n’y a pas que cela. L’envie irrépressible de séduction peut conduire la sexy poulette à flirter avec la servilité et la bêtise. Quand elle minaude, pouffe et glousse à l’envi, ou se vautre avec complaisance dans la dévalorisation : “je ne suis qu’une fille” comme dit la chanson… C’est pourtant si chouette d’être une femme ! Et de prendre du plaisir et de la fierté à le vivre dans son corps et dans sa tête ! Allons ma sexy poulette, bats-toi pour imposer l’application des droits conquis par tes aînées et pour préserver ta liberté ! J’imagine un bataillon de sexy poulettes à la manif du 8 mars, chantant à tue-tête l’Hymne des Femmes :

Nous qui sommes sans passé, les femmes

Nous qui n’avons pas d’histoire

Depuis la nuit des temps, les femmes

Nous sommes le continent noir !

 Asservies, humiliées, les femmes

Achetées, vendues, violées

Ensemble on nous opprime, les femmes

Ensemble révoltons-nous !

Pour avoir accès à toutes les paroles de la chanson, cliquez sur ce lien :  HYMNE DES FEMMES

(1) En France, le salaire des femmes est inférieur de 20% à celui des hommes, en moyenne. Elles ne représentent que 21.9% des sénateurs, 18,5% des députés, 13.8% des maires et 5% des présidents des conseils généraux. Elles constituent 85% des travailleurs précaires et restent cantonnées dans certains emplois (ex : elles forment 99% des assistants maternels et 98% des secrétaires…et ne sont que 2% parmi les PDG des grandes entreprises). Elles assument encore plus de 75% des tâches ménagères et demeurent les principales victimes de harcèlement et de violences (on évalue à 75 000 les femmes violées chaque année, en France). L’accès aux moyens de contraception et à l’IVG reste fragile, pour en savoir plus sur l’IVG, cliquez sur ce lien :   IVG - LA BATAILLE DE L'AVORTEMENT

Sources : INSEE et Observatoire de la Parité (chiffres pour 2010 et 2011)

(2) Le clitoris est méconnu : c’est l’organe le plus sensible qu’on puisse trouver chez l’être humain avec près de 10 000 terminaisons nerveuses ou capteurs de plaisir au niveau du gland (en comparaison le gland du pénis n’en possède « que » 6 000). Le gland (long d’environ 1 cm) est la seule partie émergée du clitoris qui se prolonge, en profondeur, de deux racines longues de 10 cm qui entourent le vagin et l’urètre.  Le gland est également relié à deux bulbes vestibulaires, très érectiles, volumineux et longs. Pour en savoir plus, cliquez sur ce lien : http://www.osezleclito.fr/

3) Simone de Beauvoir.

JHC

Par Clara Bonnel - Publié dans : Femmes et histoire
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 18:08

Je croise dans la rue et le métro des humains qui ressemblent de plus en plus à des robots, sombrement  vêtus, de noir ou de gris. Ils marchent la tête penchée sur leurs pieds, évitent mon regard ou me lorgnent par en dessous d’un air soupçonneux, sinon courroucé.

Sont-ils paranos au point de croire que si on les regarde c’est forcément d’un œil critique ?

Ou alors sont-ils si nombrilistes, si blasés, qu’ils font semblant de ne pas sentir votre regard ?

Ou alors, ils ont peur ? « le métro mais aussi la rue,  vous savez, c’est dangereux, avec tout ce qui se passe, tout ce qu’ils montrent à la télé ». Pourtant ils se doutent bien que beaucoup de reportages sont fabriqués, bidonnés, juste pour les effrayer. Car il ne leur est jamais rien arrivé, juste un peu de peur au cri d’un enfant, un sursaut au rire d’un ado ou à l’appel strident d’une amie. Non, c’est plutôt le silence qui est pesant, l’indifférence qui est inquiétante, chacun se comportant comme une petite souris rasant les murs. « Ben oui, les jeunes de banlieue sont souvent plus gais et polis que ceusses de Paris ou de Neuilly, mais il ne faut pas le dire ! ».

Ou alors, ou alors, ils sont tellement tristes qu’ils n’osent pas montrer leur visage ravagé par la fatigue, l’anxiété, la morosité, le cafard, la déprime. Leurs yeux éplorés, embués, fuient les vôtres.

La société de consommation, en gavant les uns jusqu’à l’obésité, jusqu’à plus soif, « en leur  en foutant jusque-là », en satisfaisant leurs caprices immédiats, exclut les autres, les plus pauvres, et les jette sur le pavé. Cette société nous déshumanise, brise la convivialité et la fraternité. Le chacun pour soi tue l’humanité. Que nous est-il donc arrivé pour que des millions de gens vivent seuls, souvent dans la peur de l’autre, du voisin, du passant, du collègue, se barricadent dans leur maison, dans leur corps, dans leur cœur. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

C’est dommage que l’on ne se regarde plus, d’un bon gros regard au fond des yeux, pour voir justement ce qu’il y a au fond de ces yeux, ne serait-ce que leur couleur… J’adore détailler les variétés de tons des iris, allant du marron noisette au jaune d’or, du brun doré au vert émeraude, du gris clair au bleu pervenche, du turquoise au myosotis, du violet au chocolat, du brun velouté au noir ébène. Avec toutes les nuances et pigmentations qui se déclinent du centre jusqu’au bord de la prunelle. Il ya une infinité de couleurs qui changent et se métamorphosent avec l’intensité de la lumière. Les larmes et le rire les rendent plus claires et limpides.

(Re)-Découvrez "Les yeux d'Elsa" (en cliquant sur le lien ci-dessous pour lire l'intégralité du poème d'Aragon):

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

FERRAT CHANTE ARAGON - Extraits


Par Clara Bonnel - Publié dans : Actualités et Société
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Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 17:27

POURQUOI MANIFESTER ?

  19 marsAller aux manifs pour défendre nos valeurs humanistes.

Aller aux manifs pour retrouver le sourire et la joie de vivre.

Aller aux manifs pour chanter, se tenir par la main, se prendre par le bras, se regarder, rire.

Partager un moment de liesse et d’espoir.

Tous ensemble ! Tous ensemble ! Oui !

 

 

Mais qu’est ce qu’on veut à la fin ?

Du respect. De l’écoute. Des réformes justes dans un monde plus égalitaire et solidaire. Défendre nos droits acquis, les renforcer et non les restreindre, en revendiquer d’autres, lutter pour une vie meilleure. Arrêter la souffrance au travail, imposer des horaires conformes au rythme humain, alléger la pénibilité, profiter de son salaire, gagner du temps de loisir. Ce temps de repos que l’on veut écourter sinon supprimer. Construire des crèches sur les lieux de travail pour faciliter l’emploi et les carrières des femmes. Refuser l'expulsion indigne des "étrangers".

Ah, qu’il était commode le temps où les travailleurs mouraient juste avant leur retraite ! C’était tout bénef pour les caisses de l’Etat et du patronat ! On les faisait cotiser toute leur vie sans qu’ils puissent en profiter, juste pour engraisser les autres, les machines et les cadres bien portants qui vivaient plus longtemps! Veut-on nous renvoyer au XIXème siècle ? Supprimer des droits si chèrement acquis par nos mères et grand’ pères ? Et bien non, on refuse ce modèle de société qui veut nous obliger à vivre (survivre ?) dans un monde ultra-libéral, où une minorité de nantis exploite les autres et profite, elle, pleinement de ses richesses. Ces manifestations de l'été et l'automne 2010 traduisent un grand malaise et un rejet de la société libérale que l’on veut nous imposer, au besoin par la force. Nous avons raison de manifester. Il faudrait que des manifestations éclatent dans tous les pays d'Europe, du monde, que l’on soit tous solidaires, on pourrait alors avoir un véritable impact sur les institutions. On pourrait instaurer une autre politique économique, au service de l’être humain.

Un rêve ? Une utopie ? Peut-être, mais il nous aura permis de vivre un instant de bonheur !

manif 19 mars 09 003 

 MAIS ALORS, DIT ALICE, SI LE MONDE N’A AUCUN SENS, QUI NOUS EMPECHE D’EN INVENTER UN ? (Cité dans le Manifeste Utopia)

Ronde des obstiné(e)s avril 2009J’aime les manifs en chansons : « Debout les damnés de la terre …L’Inter-naationaaale sera le genre humain…A la bastille on l’aime bien Nini …Prenez ga-arde...Et alors, t’en connais d’autres ? Mais écoute un peu la foule ! C’est la fête ! Je les sens, je les entends, là, autour de moi, j’ai la fièvre ! » On se regarde avec la même excitation, la joie nous submerge, nous porte, nous affole. Vivons à fond ce moment unique, prolongeons cet instant. On l’emportera pendant des jours, des nuits, des années, on le ressassera durant les périodes tristes, ils reviendront, avec l’espoir que tout recommencera, que le grand soir est là, plaisir éphémère, fantasmé, fort comme le désir, fou comme l’amour !

Alors on se met tous à courir, à chanter, à hurler, ça fait du bien, ça explose dans la tête, dans la poitrine, dans la bouche, dans le ventre, les larmes perlent aux yeux, chiche c’est vrai, on y croit mais surtout on le vit, on le partage, on le construit ! Donne-moi la main pour courir et chanter encore !


 VIVE LE THEATRE DU SOLEIL

28102010(002) Quelle émotion en découvrant la marionnette de la Justice imaginée par Ariane Mnouchkine et sa troupe de comédien-ne-s. La Justice attaquée par des corbeaux. La Justice étouffée par les escrocs. Blessée à la tête, ensanglantée, tragique, elle trébuche mais les manifestants accourent, l’acclament, la soutiennent. Un orchestre et des citoyens se relayant pour porter des bannières reproduisant des textes de Victor Hugo, Romain Rolland, Rousseau, Shakespeare, Voltaire... l’encouragent et rappellent que le combat pour la justice est universel. Alors elle se redresse, clame sa loyauté au peuple au son des tambours, des chants et des cris de la foule. La Justice, sans la force, triomphe, enfin !

Nous étions heureux de l’entourer et de défiler avec elle. Elle nous a redonné la fierté de nos valeurs, nous, les descendants de la Révolution, de la Commune, de 36, de 68. Et oui on est toujours là…

 Quelques citations reproduites sur les bannières du Théâtre du Soleil :

 Triste spectacle public, On prend tout, on veut tout, on pille tout, On ne vit plus que par l’ambition et la cupidité (Victor Hugo)

 Que l’autorité se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux (Benjamin Constant)

 On a de tout avec l’argent hormis des mœurs et des citoyens (JJ Rousseau)

 Les frelons ne sucent pas le sang des aigles mais pillent les ruches des abeilles (Shakespeare)

 Quand l’ordre est injustice le désordre est déjà un commencement de justice (Romain Rolland)

 ELLE EST BIENTOT FINIE CETTE NUIT DU FOUQUET’S ? (Le peuple)

2010-10-19 nuit du fouquest's

23092010

 

Et aussi quelques extraits de pancartes/affiches/bannières/ tracts portés ou distribués par des manifestants :

Manifester c’ est exister

Qui sème la misère récolte la colère

Non au développement durable de la misère

Sarko chP1020568ef des racailles de Neuilly

L’insécurité c’est lui !

Le sarkozisme est un affront national

 Retraités pas Maltraités

La peur doit changer de camp

Taxons les profits

Soyons réalistes, les vieux coûtent cher, tuons les !

Nos luttes ont construit nos droits - Nos résignations les détruiront

Vive la grève

Résistance !

 

P1020643

    

052

 

La 3ème photo représente "La Ronde infinie des obstiné-e-s" qui a touné sans arrêt, jour et nuit, sur la place de l'hôtel de ville à Paris, pendant plus de 1000 heures, de la nuit du 22 mars au 4 mai 2009. La Ronde a aussi tourné dans plusieurs villes en Région. J'ai beaucoup aimé cette forme de résistance et de manifestations organisées par des enseignants-chercheurs, des personnels de l'éducation, des étudiants. Tout le monde pouvait entrer dans la ronde: des badauds, des touristes, des artistes, des ménagères allant faire leurs courses, des parents promenant leurs enfants...Les manifestants protestaient contre les réformes du pouvoir qui veut asservir l'Université à la loi du marché et du fric.   

JHC

Par Clara Bonnel - Publié dans : Histoire
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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /Sep /2010 15:24

« L’utopie néolibérale d’un marché pur et parfait suppose la destruction de toutes les résistances collectives. Elle conduira à un monde darwinien où tous luttent contre tous. Et pourtant le passage au libéralisme s’accomplit de manière imperceptible, comme la dérive des continents. » Pierre Bourdieu (1)

J’en ai mare d’entendre parler des « marchés » comme d’une mystérieuse entité. On entend à longueur de journée : « Les marchés s’affolent », «  Les marchés sont inquiets », « Les marchés plongent », etc. Mais qui se cache derrière le terme marché ? Sommes nous donc trop bêtes pour comprendre ?

Pourtant, derrière le mot « marché », il y a des investisseurs qui représentent les grandes banques d’affaires, les fonds de pension, des caisses de retraite, des compagnies d’assurances, etc. Ce serait plus simple si au lieu de marché on nommait ces investisseurs. Pourquoi ne les nomme-t-on pas ? Probablement parce qu’en restant dans le flou, on nous trompe plus facilement sur la portée du désastre financier et sur l’immense pouvoir de cette minorité d’investisseurs sur l’économie mondiale et par conséquent sur notre vie. Le manque de décisions efficaces pour changer de politique économique est lié à la connivence des gouvernements de « droite » avec ces investisseurs. N’oublions pas que ce sont les gouvernements, l’Etat, nous, qui ont renfloué les banques, alors qu’elles ont ruiné des millions d’individus et d’entreprises. L’Etat a secouru les banques sans réelle contrepartie, sans pouvoir imposer une règlementation efficace des transactions financières. Ceux qui ont provoqué le chaos économique et financier sont toujours aux manettes, ils continuent à s’en mettre plein les poches, jusqu’à la prochaine crise, qui risque d’être pire ?

Alors qu’est ce qu’il se passe sur les « marchés » ? Au cours des 25 dernières années, l’organisation des marchés a fondamentalement changé. Une dizaine d’opérateurs et de banques font la loi en érigeant et imposant des règles qui deviennent la norme mondiale. Une poignée d’investisseurs se partagent le marché des matières premières et dictent leur loi en faisant monter ou descendre les cours en fonction de leurs gains.

 Y a-t-il toujours un pilote sur les marchés ? Eh bien non, l’incertitude règne, car  près de 70% du volume des transactions financières sont effectuées  pas des ordinateurs ! Cela s’appelle le High Frequency Trading, le HFT pour les initiés. Ces transactions sont passées en millionièmes de secondes, ce qu’un être humain ne peut absolument pas faire et encore moins contrôler. Et quelques 20 milliards d’ordres sont passés quotidiennement à Wall Street !

Des ordinateurs ont été programmés selon des schémas mathématiques, des formules logarithmiques que la plupart des individus ne comprennent pas. Ces formules ont été concoctées par des mathématiciens qui sont à la botte d’une minorité d’hommes/femmes qui dominent la bourse et le système économique mondial. A l’origine, il y a l’idée magique du « laisser faire », que l’économie fonctionne selon un schéma lisse, régulier et que les turbulences, les risques finiront bien par rentrer dans l’ordre, par se régulariser tout seuls. L’inspirateur le plus connu de l’économie néo-libérale appliquée par les Nixon, Reagan, Bush, Thatcher et… Sarkozy (freiné actuellement dans ses réformes par la crise financière) est Milton Friedmann, l’animateur de l’école des « Chicago boys », une théorie économique ultra-libérale qui a été appliquée au forceps en Amérique latine dans les années 1970 et 80.

Les idéologues Friedman et Hayek ont été de fervents propagandistes de l’économie néolibérale. Tous deux prônent une lutte acharnée contre l’Etat, contre les services publics, contre les syndicats, contre l’assurance-chômage, contre le salaire minimum, contre le contrôle des prix et des loyers, contre la retraite par répartition et, bien sûr, contre le contrôle des capitaux. Cette doctrine économique largement dominante en Europe et aux Etats-Unis et qui a essaimé partout dans le monde, nous a menés tout droit à la catastrophe économique et financière dans laquelle nous sommes plongés. Cette doctrine est reine au FMI, à la Banque mondiale, à la FAO, à l’OCDE et dans la plupart des pays capitalistes. Elle a été imposée par tous les organismes bancaires et financiers accordant des prêts et des crédits aux pays pauvres. Le résultat est une immense paupérisation due aux  monocultures (imposées au détriment des cultures locales et de la biodiversité), à la mainmise des grands groupes industriels internationaux sur les matières premières, les ressources énergétiques et minières des pays en développement. Ils s’attaquent actuellement à l’agriculture en s’appropriant des terres (en Afrique notamment) et en imposant partout dans le monde l’asservissement de l’agriculture à l’industrie et en particulier aux cultures OGM. Le néo-libéralisme économique est non seulement le pillage organisé du Tiers monde par une minorité de profiteurs mais aussi la destruction programmée des services publics (éducation, santé, justice, culture, police) dans les pays développés.

Ces profiteurs verrouillent l’économie mondiale car ils sont aux postes clés de l’industrie et grâce à leur fric et à leur pouvoir font élire des  hommes et des femmes qui mettent en place toutes les garanties pour que le système perdure. Et lorsque leur cupidité fait plonger la bourse entraînant des millions de faillites, leurs amis politiques les renflouent en faisant payer les pauvres ! (ex de Cleveland aux Etats-Unis).

Dans son livre « La stratégie du choc », Naomi Klein démontre avec une grande clarté comment ce système profite des crises et des désastres (au Sri Lanka après le Tsunami et à la Nouvelle Orléans après Katrina, par ex), au besoin il les crée (comme au Chili et en Irak) pour imposer la loi du marché et la barbarie de la spéculation. On profite de l’état de choc dans lequel est plongée une population pour vendre l’Etat et les services publics à des intérêts privés (2).

Prenons l’exemple du Chili : après le coup d’Etat militaire contre Allende, coup d’Etat financé et organisé en grande partie par la CIA, les économistes chiliens formés à l’Ecole de Chicago se sont empressés de détruire tout ce qui représentait la démocratie au Chili et à instaurer un système capitaliste néo-libéral : privatisation, déréglementation, réduction drastique des dépenses sociales. Ce modèle a été imposé dans la plus extrême violence : tout opposant au régime était arrêté et systématiquement torturé. Des dizaines de milliers de Chilien(ne)s ont été assassinés.

Nous n’en sommes heureusement pas là en Europe mais la crise économique et la montée du chômage peuvent créer des situations propices à la propagation des idées nauséabondes d’exclusion et de stigmatisation de populations (comme cet été la campagne contre les Roms mais aussi les discours haineux contre les fonctionnaires…pour mieux faire passer les privatisations).

 

(1) Pierre Bourdieu. « Cette utopie en voie de réalisation, d’une exploitation sans limite : l’essence du néo-libéralisme », mars 1998.

(2) Naomi Klein. « La stratégie du choc, la montée du capitalisme du désastre ».

 

Josée Hélène Couvelaere - 3 septembre 2010

Par Clara Bonnel - Publié dans : Economie et actualité
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 12:18

 

Manifestation des femmes - nov 1971-copie-1Si les droits de la femme ont été rédigés par Olympe de Gouges en 1791, ils n’ont été acquis que récemment et restent encore fragiles et menacés. En France, jusqu'à la promulgation de la loi Veil sur l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en janvier 1975, avorter était un crime lourdement pénalisé. Les médecins et sages-femmes qui le pratiquaient risquaient d'être radiés par le Conseil de l'ordre et donc interdits d'exercice. Les femmes qui n'avaient pas l'argent nécessaire pour aller à l'étranger, avortaient clandestinement. Les interventions pratiquées dans de mauvaises conditions tournaient parfois au drame, provoquant infections, septicémies, hémorragies ou embolies pouvant être mortelles. Les avortées n'avaient aucun recours puisqu'en se faisant connaître, elles risquaient la prison. C'était un acte solitaire vécu dans la détresse et la culpabilité. Les femmes étaient sous la coupe d'une société rétrograde qui, d'un côté condamnait l'avortement comme un crime et de l'autre traitait ses “filles-mères” et leurs “bâtards” comme des parias.

 

La “bataille de l'avortement”

C'est sur le terrain et dans les forums animés des années soixante que les militantes prirent conscience que seule la lutte des femmes pouvait faire avancer leur cause : “Un enfant si je veux, quand je veux !”. C'en était trop de ces milliers de femmes sacrifiées sur l'autel de l'hypocrisie religieuse (1) et machiste. C'en était trop des douleurs causées par les aiguilles à tricoter qui perforent l'utérus et fait couler le sang. C'en était trop de la maternité imposée à la suite d'un viol ou d'un “coïtus mal interrompus”, de la souffrance des enfants non désirés, mal aimés, abandonnés, des femmes frustrées par l'interruption de leurs études et de leur carrière professionnelle. C'en était trop de la violence contre les mineures enfermées par leur famille dans des foyers-prisons “maternels” où elles accouchaient dans le secret et la honte, privées de leurs droits élémentaires. Aux côtés du Mouvement français pour le planning familial, la mobilisation se renforça avec la création de groupes féministes dont le MLF (Mouvement de libération des femmes, en 1969) et le MLAC (Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception, en 1973). Ce dernier fédéra les mouvements issus des féministes, des syndicats et des groupes d'extrême gauche. Des militantes se réunissaient pour apprendre la technique de l'avortement par aspiration et organiser la solidarité des femmes, quelque soit leur milieu social et leur nationalité. La détermination de ces groupes qui se battaient sur plusieurs fronts (2), y compris juridiques (3), permit à la loi Veil de voir le jour.

 

Manif nov 1971 (Archives MLF)

   

 

État des lieux aujourd’hui

Pour préserver la loi sur l'IVG, la vigilance et la mobilisation sont toujours d'actualité. Près de 40 % des femmes ont recours à l’avortement dans leur vie. Environ 200 000 interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées chaque année en France, soit un avortement pour quatre naissances. Ce nombre est resté stable au cours des 30 dernières années. Contrairement aux arguments nationalistes évoqués avant 1975, la légalisation de l’avortement n’a pas eu d’impact négatif sur le nombre de naissances (d'ailleurs la France est le pays européen où l'on fait le plus d'enfants, avec l'Irlande).

 

Le plus grand danger qui menace aujourd'hui l'IVG vient de la dégradation progressive de sa prise en charge. De moins en moins de médecins sont formés pour pratiquer des avortements, c'est une option facultative qui ne débouche pas sur une activité lucrative et les lobbies anti-avortements sont très actifs, même dans les hôpitaux. La disparition progressive de la gynécologie médicale risque aussi de favoriser les campagnes anti-avortements (les gynécologues ont souvent été à la pointe du combat en aidant les femmes à connaître leur corps et donc à mieux se prendre en charge). Les femmes sont en permanence soumises à une propagande idéologique, comme les remises en cause régulières de l'IVG, du type amendement Garraud (créant un délit d'interruption involontaire de grossesse). Au sein même de l'Union européenne, des dispositions restreignent l'avortement dans des pays comme l'Irlande, le Portugal, Malte ou la Pologne. La France reste très en retard pour l'application des droits des femmes alors que la violence grandit à leur égard. Une autre menace vient du comportement même de femmes pour qui la prise de la pilule n'est pas vécue comme une libération, mais est assimilée à un médicament. Les jeunes filles culpabilisées par un environnement traditionaliste peinent à faire respecter le droit à disposer librement de leur corps, si chèrement acquis par leurs aînées !

 

 

(1) Le Pape et donc l'Église catholique condamnent toujours l'avortement.

(2) “Le manifeste des 343 salopes” déclarant avoir avorté (Appel signé en 1971 par 343 femmes célèbres en faveur de l'avortement libre).

 (3) En 1972 à Bobigny, Gisèle Halimi, avocate, défend une jeune fille de 17 ans, Marie- Claire, accusée d'avoir avorté à la suite d'un viol. Ce procès, rendu public, a eu un impact considérable.

 

Hôpital Broussais

Le centre d’orthogénie de l’hôpital Broussais est l’un des plus importants de Paris. Près de 70% des avortements y sont pratiqués par IVG médicamenteuse (en comparaison, la pratique de ce type d’IVG est de 30% en moyenne, en France). L’avortement par aspiration sous anesthésie locale est une autre spécificité de Broussais (elle est pratiquée sous anesthésie générale dans la plupart des autres centres). De plus, le centre est autonome (il n’est pas rattaché à une maternité comme à Saint Vincent de Paul). Mais l’avenir de l’hôpital est incertain, puisqu’il est prévu de déménager ou de fermer totalement l’hôpital. Où iront les femmes lorsque Broussais et Saint Vincent de Paul seront totalement démantelés, alors qu'ils assurent à eux seuls entre 30 et 40% du total des IVG pratiquées dans les AP-HP de Paris ?

 

Avorter à la maison

Alors qu'aujourd'hui le droit à l’avortement est entravé par l’engorgement des centres IVG, la loi Aubry autorise la pratique de l’avortement chez soi pour les femmes enceintes de moins de cinq semaines. Cette loi est une avancée importante pour le doit à l'IVG. Votée en 2001, les décrets d'application ont été promulgués en juillet 2004. Elle porte le délai légal de 10 à 12 semaines, supprime l’autorisation parentale et facilite l’IVG médicamenteuse. La “pilule du lendemain” est désormais disponible auprès des infirmières scolaires et dans les pharmacies, sans prescription médicale. Le délit d’entrave à la pratique légale de l’IVG est intégré dans le code pénal. Enfin, la loi supprime les sanctions pénales liées à la publicité en faveur de la contraception ou de l’IVG qui constituaient un obstacle à la politique de prévention des grossesses non désirées et à l’information sur les moyens d’avortement autorisés.

 

JH Couvelaere

 

Photos de la manif du 20 novembre 1971. La photo des femmes entourant le cercueil en flammes est de Catherine Deudon, l'autre a été publiée dans le Torchon brûle en décembre 1971.

 

Par Clara Bonnel - Publié dans : Femmes et histoire
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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 18:54

 

Ecrivain, collaborateur aux Temps Modernes, scénariste, secrétaire de Jean-Paul Sartre


André Puig est arrivé à Paris en 1962, un chef-d'œuvre en poche écrit avec la frénésie d'un jeune révolté. Il s’installa rue de l’Ouest, puis rue Asseline d’où il fut expulsé, au début des années 1980, par un propriétaire-promoteur sans scrupule. Arlette Elkaïm-Sartre (1) raconte l’arrivée de Puig à Paris : “En 1960, Sartre reçut un gros manuscrit provenant d’un jeune “blouson noir” d’une cité de la banlieue toulousaine. C’était le récit romancé de sa vie d’adolescent ou plutôt celle de la bande dont il faisait partie. Sans hésiter, Sartre lui a donné son titre : “La Colonie animale” (2). André Puig l’avait écrit à 18 ans. Son sens aigu de la littérature et de la poésie nous avait surpris, car ce jeune homme, issu d’une famille modeste, qui avait fait de la prison, n’avait eu aucun accès à la culture. Il décrivait finement ce sentiment particulier d’amitié inconditionnelle, presque fusionnelle, à l’intérieur du groupe : la bande à l’abri du monde des adultes ; et en même temps sa terreur d’être différent et d’en être exclu. Il glorifiait l’appartenance presque animale à une bande, où il se comprenait à travers les autres et comprenait les autres à travers elle”. Arlette Elkaïm-Sartre ajoute : “Nous avons vu arriver un jeune homme frêle, avec un vieux blouson noir en similicuir, qui roulait un peu les épaules. Il avait lu “Situations I”, le premier tome de critique littéraire de Sartre, et avait eu la curiosité de lire les romans dont celui-ci parlait. Il avait été conquis par ceux de Faulkner et de Dos Passos”. En 1963, Sartre lui propose le poste de secrétaire devenu vacant. Il exercera cette fonction jusqu’à la mort de celui-ci en 1980.

 

La rencontre du rebelle et de la poésie

Dans son premier roman, André Puig décrit le désœuvrement, l'ennui jusqu’à la nausée, le désespoir jusqu’à la violence, des jeunes exclus de l'école et de la société. Ils “tiennent les murs”, se bagarrent et cassent des vitrines pour “exister”. La découverte de la littérature et de la poésie lui révèle un autre monde, au-delà de la cité. Puig va dès lors se servir d'elles pour exprimer sa révolte et son mal de vivre. Il a lu Jean Genet, la rencontre du voyou et de la poésie ! Dans ses deux autres romans publiés, Puig décrit de façon poignante l’insatisfaction permanente, la solitude et l’angoisse de vivre. L’influence de Faulkner éclate dans la manière dont il traite ses personnages qui se “sentent” entre eux sans vraiment se comprendre, qui se cherchent sans jamais se trouver. “L'Inachevé” (3) traite de l'impossibilité d'écrire sur le vécu  qui  tourne en rond ou se dérobe.

 

L'éblouissement de Mai 68

Les héros de “L'Entre-deux vagues” (4) vivent dans le 14e entre les rues de l'Ouest, du Texel et de Vercingétorix. Ce roman, l'un des plus beaux sur Mai 68 à Paris, évoque les événements vécus par un groupe hétéroclite composé d’une employée, une étudiante, un insoumis et quelques autres qui vont se retrouver soudés à jamais par une expérience extraordinaire. Dans ce printemps en fête, le narrateur entrevoit l'amour et la lutte collective qui pourraient donner un sens à sa vie. Il se rappelle les combats de son père, ouvrier et militant communiste. Comment celui-ci aida des réfugiés républicains espagnols à passer la frontière ou à s'évader du camp de Brens (5) où le gouvernement français les avait enfermés ! Il évoque la dignité propre à ceux qui vivent dans la détresse et dont le combat passe avant tout par la solidarité et s’interroge sur sa propre incapacité à se battre, à surmonter les blessures de son enfance. Pourtant, il participe aux comités de lutte, se joint aux manifestants dans la rue, exalte la liberté et la fraternité comme ultimes recours contre l'injustice et la solitude. Ce printemps flamboyant annonce le grand soir qui renaît à la première grève, éclate dans les poings levés et finira bien par arriver. La lutte et la fête sont alors indissociables.


Mais dans l'après 68, les rêves refluent : “l’encre des lettres s’est mélangée de vin et de larmes”. Pour Puig, la vague se brise dans les bars comme “Chez Mme Renée”, rue de Plaisance, aujourd’hui disparu, où à défaut de vivre dans un monde sans dieu ni maître, on chante en buvant de la bière et du vin. “Viens Jef t'es pas tout seul”. L’alcool joue un rôle de lien, crée une complicité de circonstance avec des gens que l'on ne connaît pas. A la vie, à la mort. Pour Puig, dans les années 80, s'accélère la course éperdue d'un bistrot à l'autre, jusqu'au bout de la nuit, jusqu'à l'ivresse qui annihile les sens et la souffrance. L'aube blafarde que l'on apprivoise avec la première bière. Le 7 janvier, André n'était pas au café. Comme il l’avait écrit dans un de ses poèmes : “Un jour, tu seras là, lumière à ciel ouvert, sans moi”.


Josée H Couvelaere

 

(1) Fille adoptive de Jean-Paul Sartre.

(2) Editions Julliard, 1963.

(3) Editions Gallimard, 1970, préface de Jean-Paul Sartre.

(4) Editions Gallimard, 1973.

(5) Camp d’internement dans le Tarn où furent parqués les Républicains espagnols fuyant la dictature franquiste et les Juifs sous le régime de Vichy. http://membres.lycos.fr/apsicbr/brens.htm

 

André Puig est décédé le 7 janvier 2004. Tous ses livres sont épuisés.

 

Billet envoyé par Sartre à Puig en 1968… et retrouvé après la mort de Puig, en 2004 :

“Camarade ! J’ai fait ma révolution. Désormais le secrétariat est aboli. Vous devenez, dans mon effort de littérature critique, mon assistant. Sentiments dévoués et socialistes.

JPS

N.B. Le salariat n’étant pas aboli, votre salaire demeure ce qu’il était...”

 

Par Clara Bonnel - Publié dans : Littérature et politique
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